Mon Ane s’est Suicidé

Garance Denaux
3 min readOct 17, 2020

Un grand coeur entre deux longues oreilles: mon âne Baptiste n’a pas supporté notre séparation

L’auteur et Baptiste in 1995

Cet article est aussi disponible en anglais.

Un jour d’automne, un ami que j’avais invité pour partager un repas campagnard de mon jardin près de Paris est venu tenant un bel âne mâle: une magnifique bête, l’air intelligent et coquin.

Au moment de repartir mon ami me dit: “ ah, je te fais cadeau de l’âne”. Ce fut le début de mon histoire d’amour avec Baptiste, et ce pendant dix ans.

Je fis construire une belle écurie en bois bien paillée contre mon chalet. La nuit je l’entendais manger son foin et j’étais ravie.

L’arrivée de Macha, une grande jument noire des montagnes des Pyrénées ravit Baptiste. Ils étaient inséparables et semblaient beaucoup s’amuser à courser mes trois chiens.

Une nuit j’entendis des braiements inhabituels de Baptiste; la jument mettait bas, et Baptiste se roulait de joie. Je prénommais la mule Pollen car j’avais nourri la mère avec du pollen de mes abeilles.

Les années passèrent, nous nous promenions à travers les forêts françaises, moi sur la jument et Baptiste portant les bagages. Parfois mes trois chiens, et la mule nous suivaient quand nous allions dans les environs.

Son braiement tonitruant amusait beaucoup les enfants quand nous traversions les villages pour nous ravitailler en eau.

Quelques années plus tard, je n’avais pas le choix et il me fallut déménager pour la ville. Evidemment je ne pouvais emmener l’âne et la jument.

Je donnais ma jument Macha à des amis qui faisait de l’attelage mais ne trouvait personne pour adopter décemment Baptiste. Il est vrai que ses braiements s’entendaient fort loin.

Un après midi d’automne, je me suis rapprochée de sa grande oreille pour lui dire que je l’aimais fort mais que je devais partir sans lui car j’allais vivre en ville.

Après cela je partis faire des courses et quand je revins, Baptiste était mort. Il avait mangé des feuilles d’if, un poison mortel pour les équidés. Il avait côtoyé cet arbre durant toutes ces années. On dit que les animaux connaissent bien les plantes, les bonnes et les dangereuses.

J’appelais mon ami pour lui sangloter la nouvelle. Il vint de suite et me dit que je devais faire venir un équarrisseur pour le transporter dans un abattoir. Transformer mon âne en croquettes pour chien était inconcevable: refus catégorique de ma part.

Là où Baptiste gisait nous fîmes un grand feu et l’avons alimenté toute la nuit. Il fallait bien cela car c’était une grosse bête! Le lendemain nous creusâmes un grand trou pour déposer les cendres et j’allais acheter un saule pleureur chez un pépiniériste qui, sentant ma peine, refusa que je le paye.

25 ans après cet évènement, j’ai la gorge serrée quand je pense à lui. Je suis persuadée que les animaux peuvent se suicider pour diverses raisons.

Baptiste n’a pas supporté notre séparation.

Depuis son suicide, j’ai pu lire des rapports scientifiques prouvant que les animaux ont la même capacité de réflexion et d’actions que les humains. Ils peuvent par chagrin, par maladie, par colère, ou par dépression donner fin à leurs jours.

Beaucoup de polémiques sur ce sujet mais je n’ai aucun doute que Baptiste qui, tous les jours passait devant cet arbre, savait ce qu’il faisait.

Garance habite en Provence. Elle est artiste peintre et a exercé l’acupuncture et l’accompagnement des mourants selon les principes d’Elisabeth Kubler-Ross. Vous pouvez la joindre sur son site, GaranceDenaux.com.

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Garance Denaux

Garance lives in the South of France with Diva, her Weimaraner. She is a former dying and hospice care facilitator. She writes about health and spirituality.